La COVATI : un territoire pionnier en économie circulaire

Jean-François Brigand, vice-président de la COVATI (Communauté de communes des Vallées de la Tille et de l’Ignon) répond aux questions d’Upcyclea sur la démarche d’économie circulaire entreprise sur le territoire.


Upcyclea : D’où vous vient l’envie de développer l’économie circulaire sur votre territoire ?

J-F Brigand : Je suis de la génération habituée à la réutilisation, contrairement à la nouvelle génération qui est née dans la société de consommation intense, accompagnée des nouvelles technologies. Puis est arrivé un courant qui a commencé à s’installer, inspiré par la jeunesse. Je suis quelqu’un qui aime la jeunesse, qui reste auprès des jeunes et qui veut rester à l’écoute des jeunes. Étant déjà sensible aux sujets de consommation, j’ai moi-même eu une prise de conscience il y a quelques années en arrière en me disant que c’était bien de produire, mais jusqu’où ira-t-on et jusqu’où produira-t-on?

Lorsque j’ai découvert l’économie circulaire, je me suis dit que c’était super. Pourquoi? Parce que c’est la première fois depuis des décennies, que nous pourrions réunir les anciens avec les jeunes.

Il y a toujours eu cet antagonisme entre la volonté d’évoluer et d’avancer venant des jeunes, et de l’autre côté, les anciens qui avaient du mal à bouger. Mais finalement, c’est la première fois qu’il est possible de réunir les générations qui, en réalité, ne sont pas si éloignées. En effet, d’un côté, nous les anciens avons le vécu et l’expérience de la réutilisation, et de l’autre côté la jeunesse détient une sensibilité vis à vis des enjeux écologiques actuels. Arriver à réunir tout ça et à travailler ensemble, ça devient une vraie force.

Le deuxième élément qui m’a donné envie de développer l’économie circulaire provient de mon statut de chargé du développement économique et de l’emploi sur le territoire de la COVATI. Je me suis dit : qu’est-ce que je peux faire pour créer de l’emploi? Qu’est-ce que je peux faire pour créer de l’activité sur mon territoire, et quels en sont les atouts?

Il y a 25 ans, les territoires étaient en compétition pour attirer les plus grosses entreprises afin de créer de l’activité économique sur leur territoire. C’est notamment comme ça qu’on a créé des grandes zones d’activités dans lesquelles on retrouve les fournisseurs et les sous-traitants. Cette bataille aujourd’hui est perdue pour des territoires ruraux comme le nôtre et pour moi, ce temps est révolu.

« Que nous reste-t-il comme solution pour enrayer cela? L’économie circulaire m’est apparue comme étant une d’entre elles, et dont il restait encore tout à écrire. »

 

Alors pourquoi ne pas devenir le territoire porteur de ce nouveau modèle économique. En initiant ce type de démarche, nous ne connaissons pas forcément au préalable les futures retombées.

« C’est en créant un écosystème attractif sur le territoire que des entreprises s’y installeront et que par la suite, des nouveaux emplois seront créés. »

 

En créant des nouveaux métiers, on crée de nouvelles tâches et on peut donc sédentariser nos habitants.

C’est à partir de là que je me suis dit qu’il fallait y aller.

 

Upcyclea : Comment avez-vous développé l’intérêt des élus pour l’économie circulaire, dans l’optique de commencer une démarche sur cette thématique?

J-F Brigand : Le grand déclencheur, c’est tout simplement le phénomène qu’on vit en ce moment, le changement climatique.

Un des éléments essentiels pour appuyer les propos que j’avançais était avant tout la crédibilité que j’arrivais à prouver. Cela passe notamment par des exemples concrets de démarches qui sont déjà en marche sur d’autres territoires. Par exemple, les artisans ont tous des soucis plus ou moins prononcés pour la gestion de leurs déchets. On sait qu’on a des déchetteries, des syndicats d’ordures ménagères…et les artisans savent qu’ils doivent payer ces filières pour détruire leurs déchets. L’économie circulaire est une des réponses pour réduire concrètement ces coûts.

Un second élément provient de la quantité d’informations qu’on peut lire sur le sujet dans les médias. On parle de disparition de certains métaux, d’affaiblissement de gisements… Et à partir de cette réalité, si on veut continuer à travailler intelligemment, il va falloir trouver un autre moyen d’y parvenir que celui mis en place jusqu’à aujourd’hui.

Un troisième élément vient du territoire en lui-même. Dans nos territoires ruraux où le monde agricole a un sens fort, on voit un changement radical entre l’agriculture intensive et les nouvelles formes de production. Travaillant avec des élus issus de petites communes et du monde agricole, ils sont conscients de ce qui se passe, comme par exemple la tendance des moyens de production agricoles actuellement intensifs à stagner, voire à régresser.

« Les gens ont remis en question ce modèle agricole classique et à travers ce sujet, se sont eux-mêmes remis en question quant à nos modes de production et de consommation globaux. » 

 

Par la suite, le pays entier s’est mis à communiquer sur le sujet de l’économie circulaire. Aujourd’hui, c’est devenu un des sujets centraux de la COVATI parce que tout s’est accéléré, notamment les décisions gouvernementales et la loi de la transition (TECV), ces choses là se sont enchaînées et la communauté s’est dit qu’il fallait déployer les moyens nécessaires à la mise en place d’une économie circulaire sur le territoire.

On voit bien que tous les éléments combinés font un effet boule de neige, et poussent les gens à se tourner vers d’autres modèles pour ne plus exploiter les ressources de la Planète.

Upcyclea : Comment avez-vous concrètement franchi le pas ?

J-F Brigand : Après de longues années d’insistance auprès des élus pour les inciter à rentrer dans la démarche, je me suis dit qu’il fallait que je m’entoure. C’est donc au hasard des rencontres que j’en suis venu à découvrir Upcyclea et son équipe.

D’autre part, l’ADEME avait lancé un appel à projet auquel nous avons répondu et qui nous a permis d’embaucher un chargé de mission économie circulaire dédié au déploiement de la démarche d’économie circulaire sur le territoire de la COVATI.

Upcyclea : Qu’est-ce qui vous a plu dans la démarche menée par Upcyclea pour les territoires ?

J-F Brigand : Lors de mes déplacements et rencontres, j’ai été mis en relation avec beaucoup d’entreprises, d’entrepreneurs etc.

Les enjeux que j’ai rencontrés étaient doubles :

  1. Faire prendre du temps aux entreprises pour s’intéresser à la démarche d’économie circulaire,
  2. Mettre en relation les bonnes personnes, qui vont pouvoir interagir dans un objectif commun d’économie circulaire.

 

« Lorsque je suis rentré en contact avec Upcyclea, j’ai trouvé que  c’était un moyen, via l’outil myUpcyclea, d’arriver à faire communiquer toutes ces personnes simplement. »

 

 

Upcyclea :  Quel était le secteur  principal par lequel vous deviez commencer la démarche ?

J-F Brigand : Je me suis dit qu’un bon moyen de démarrer était par l’artisanat et notamment le BTP puisque 70% des déchets en France proviennent de ce secteur d’activité. C’était aussi l’opportunité pour nous, politiquement, d’amener un appui à nos entreprises.

 

 

Pour en savoir plus : https://www.upcyclea.com/territoires/  ou directement au +33 (0)6 26 80 03 50



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